Imaginez : vous avez deux jours pour trouver preneur à une douzaine de palettes d’abricots. Ici, on ne jette rien, ou presque. Bienvenue dans un atelier bouillonnant, où chacun s’attelle à trier, stocker, ranger et charger des quantités industrielles de produits alimentaires avec pour seul objectif de leur donner une seconde vie en les redistribuant à des personnes dans le besoin.

En Suisse, quelques 2,8 millions de tonnes de denrées alimentaires sont perdues chaque année (source RTS). Pourtant, une grande partie des invendus de supermarché sont encore consommables lorsqu’ils sortent du circuit. Ces derniers passent par des intermédiaires chargés de les redistribuer à différents organismes. C’est ici que notre atelier de Penthalaz intervient, prestataire pour l’association Table couvre-toi – dite TcT, basée à Winterthur et présente dans toute la Suisse.
Les origines d’une aventure solidaire
Fin 2020, l’association TcT nous approche en pleine pandémie pour nous proposer de participer à cette activité. Nous répondons positivement et l’atelier est mis en place. À l’ouverture, en mai 2021, l’activité s’appuie sur la Coop, partenaire historique de TcT. Depuis, cette collaboration permet de fournir quotidiennement des fruits et légumes, avec jusqu’à quatre passages par jour sur le site d’Aclens.
En 2023, l’installation d’immenses frigos et de chambres froides permet d’intégrer petit à petit les produits frais, froids et congelés, aux fruits et légumes avec lesquels tout avait commencé. Depuis janvier 2024, les produits secs et non alimentaires se sont ajoutés à ce marathon.
Les produits triés sont ensuite distribués aux plus démunis via des associations comme Caritas, Les Cartons du Cœur, Table Suisse, Tables du Rhône et Partage, tandis que les invendus non exploitables sont valorisés en biogaz (retour à la Coop d’Aclens) ou utilisés pour nourrir les quelques 3000 tortues du Centre EMYS… qui raffolent des bananes.
Une logistique bien huilée pour un défi quotidien
Au tout départ du projet, il y avait 10 bénéficiaires dans l’atelier provenant de nos mesures pour nos différents mandants (DGEM, DIRIS, AI). Ce chiffre atteint aujourd’hui jusqu’à 20 collaborateurs, avec des bénéficiaires provenant également de l’EVAM. Ici, pas d’objectif de rentabilité imposé, priorité à l’accompagnement des participants. L’objectif principal de cet atelier est la réinsertion professionnelle de personnes en difficulté sur le marché de l’emploi, grâce à cette activité de tri.
Tous les jours, des produits à reprendre en Suisse sont proposés depuis la centrale de coordination de Winterthur via un système informatique. Toute la problématique du tri de denrées alimentaires réside dans le juste équilibre à avoir entre la marchandise qui entre et celle qui sort. Comme il s’agit pour la majorité de produits périssables, il est important qu’il y ait un flux régulier (In and Out), d’où l’importance de s’assurer que la marchandise qui est acceptée soit écoulée. « On ne peut pas tout accepter non plus », nous explique un des maîtres socio-professionnels de l’atelier. « Par exemple, des pots de mayonnaise industriels de dix litres sont généralement très difficiles à redistribuer, ou encore des bacs de glace de deux litres lorsqu’on est hors saison. Sans parler des produits fragiles, comme les pêches. »
En été, le nombre de participants à l’atelier diminue, ce qui peut parfois entraîner un manque d’effectif pour assurer le tri de la marchandise. Là encore, la solidarité intervient et il est arrivé que des associations comme « Les Cartons du Cœur » nous aient gentiment mis à disposition des personnes disposées à nous soutenir pour assurer la gestion du tri des aliments à TcT.
Aujourd’hui, l’activité tourne à plein régime : en 2025, une centaine de tonnes a été traitée chaque mois, avec un objectif annuel de 900 tonnes qui sera largement atteint. Mis en perspective avec les 2,8 millions mentionnés précédemment, on peut mesurer à quel point le volume de denrées alimentaires jetées à la poubelle chaque année en Suisse est colossal.
Et demain ? Bien que l’atelier ait bientôt atteint le maximum de sa capacité matérielle et physique, les responsables mentionnent qu’il est toujours intéressant de trouver des remettants supplémentaires à l’avenir. Mais attention, « Le point le plus sensible est de maintenir l’équilibre entre ce qui rentre et ce qui sort de l’atelier », nous rappellent-ils.
La mission humaine au cœur du projet
Contribuer à donner aux plus démunis est très valorisant pour les acteurs et actrices qui font vivre cet atelier, dont nos participants apprécient particulièrement la dimension humaine. « De manière générale, les bénéficiaires actifs dans cet atelier expriment leur satisfaction de contribuer au bien commun en triant des denrées alimentaires invendues destinées à être distribués aux plus démunis. » Les encadrants observent tous les jours qu’en fin de compte, la nourriture unit les gens. « Souvent, ils sont très étonnés du volume de produits qui passent par l’atelier ».
Plusieurs métiers sont mis en valeur dans cet atelier : logisticien, magasinier, cariste, opérateur de production, chauffeur, ou encore chef d’équipe.
Finalement, l’atelier TcT de Mode d’emploi représente bien plus qu’une simple activité logistique : il constitue un espace d’engagement, de solidarité et de responsabilisation, tout en fonctionnant comme une vraie entreprise. En participant activement à la sélection des produits destinés aux personnes les plus démunies, les bénéficiaires renforcent leur sentiment d’utilité et d’appartenance à un projet collectif. Cet investissement favorise non seulement la confiance en soi, mais aussi une prise de conscience de l’impact concret de leurs actions.
Nous adressons un grand merci à nos collaborateurs et à nos participants qui, par leur engagement quotidien, contribuent à une mission à la fois humaine et respectueuse de l’environnement !





